D'un pas décidé je sors de la boutique. Il pleut dehors, le ciel est gris et il fait lourd, je déteste ce temps instable, il me met mal à l'aise. Je me dirige vers l'entrée du magasin; quelques personnes sont adossés sur le vieux mur, les yeux explosés virant au rouge, les cheveux emmêlés, sûrement complétement stones, et au milieu d'eux, le soleil. Une petite fille aux cheveux blonds comme les blés est assise, bien sagement, le regard vide, comme attendant. Mon regard se fige quelques instants puis je reprend ma route. Je me sens coupable d'un coup, je ne sais pas trop de quoi mais ce sentiment m'envahit progressivement jusqu'à me rendre folle de rage. Je fais mes courses tout en restant concentrée sur cette petite fille à l'air si triste. Je finis par sortir du magasin, croisant les doigts pour qu'elle ne soit plus là, pour que sa maman soit venue la chercher, mais rien, elle est toujours là. Je ne sais pas quoi faire; m'arrêter pour lui demander ce qu'elle fait là toute seule? Et si elle ne me répondait pas? Bêtement cette réponse m'empêche de m'approcher d'elle alors je passe mon chemin. Mon esprit reste bloqué sur cette image, et si elle était vraiment en danger, et si elle était vraiment perdue? Peut-être que sa mère l'a laissé pendant qu'elle faisait ses courses. Mais en même temps quelle genre de mère laisserait sa petite fille de 7 ans toute seule dehors, au milieu de cette espèce de jungle que représente la ville. Demi-tour, je fonce droit sur elle. Deux femmes sont en train de discuter, je me permet de les interrompre pour savoir si la petite est avec elle, elles me disent qu'elle est avec la dame d'en face. Je tourne la tête pour dévisager celle qui fait l'objet de mon affolement. Je la vois se lever et marcher d'un pas las jusqu'à ce qui me semble être sa nounou. Soulagée qu'à moitié je repars.. Mais je ne peux pas m'en empêcher, je me retourne de nouveau et me décide à aller parler à la petite fille qui s'est de nouveau éloigné.
"- ma pitchoune elle est où ta maman?" finis-je par oser lui demander. Je suis abasourdie devant l'expression sur son visage. Elle a l'air tellement mélancolique, tellement .. J'aurais du mal à définir réellement ce que j'ai ressenti sur le coup, mais je n'avais qu'une envie c'était la prendre dans mes bras et la protéger. De quoi je ne sais pas trop d'ailleurs. La tristesse sur son visage n'était pas celle d'un petit chagrin banal d'une petite fille non, c'est une profonde détresse que j'ai lu dans ses petits yeux noisettes.
En s'éloignant comme appeurée, elle a montré du doigt la 'nounou' tout en restant à une certaine distance d'elle.
"-Audrey!!" a-t-elle crié. Et elles sont parties..
J'en garde les larmes aux yeux .. sans vraiment savoir pourquoi.